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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 14:53

Avec un peu de recul (et plusieurs visionnages du film), la lecture des blogs, des articles journalistiques et les conversations ici avec mes collègues professionnels et amis amateurs,  c’est à mon tour de réagir et de commenter ce film dont je suis l’un des protagonistes, même si j’ai mis un peu de temps à le faire.


Tout d’abord, une petite clarification chronologique :  3 amis me parlent,  il y a presque 2 ans,  d’un film à venir sur le monde du vin et de celle qui va me contacter : Isabelle Saporta.  

Ces amis sont engagés, c’est le moins que l’on puisse dire, dans des combats qui ne sont pas les miens, et je peux même rajouter que je ne suis pas du tout d’accord avec leurs thèses;  anti Hubert de Boüard pour l’un, anti Moueix pour l’autre et le troisième nettement pour le bio dans le vignoble -  et là, j’adhère à 80 %, tant cela me concerne,  car il n’est pas sectaire mais bienveillant.

Il faut rajouter au mix quelques amis très proches et totalement opposés au classement de 2012 et donc, y compris  par ricochet, opposés au classement de Valandraud,  tout en étant contents du classement de Valandraud… Va comprendre les méandres des côteries bordelaises.


Ce film a été tourné tout au long d’ une année pour ce qui nous concerne, Murielle, moi, mes collaborateurs et consultants, Valandraud :   peut être plus de 30  heures de tournage, je n’ai pas noté,  mais tout cela pour dire qu’il s’est tissé des relations de confiance et amicales avec Isabelle Saporta et ceux qui travaillaient avec elle pour le son et l’image.

J’étais totalement averti des sujets traités, et des convictions d’Isabelle Saporta,  sur les sujets principaux pour elle : pesticides et traitements, argent, classement, organismes de contrôle, œnologues consultants, etc… Ces sujets, contrairement à ce que j’ai pu lire ici ou là, sont rarement abordés dans un film diffusé sur une chaine nationale en prime time ! Bien sûr, sujets « dangereux », « sensibles », et alors ?


Alors, la question est « doit-on être l’un des acteurs (bénévoles) du film ? ». Partant du constat que l’on en parle en bien, que l’on en parle en mal, le principal étant que l’on en parle, j’étais d’accord même après avoir cherché sur internet qui était cette Isabelle Saporta avec son livre sur l’agriculture et les pesticides, son travail pour Marianne, Périco Légasse et Jean Pierre Coffe !


Donc, plein d’heures de tournage chez nous, dans les chais, le vignoble, le laboratoire Rolland, à Monaco, à Soutard durant l’UGC, à Paris au théâtre des Champs Elysées avec Lang Lang, avec des journalistes et critiques comme James Suckling et Jean Marc Quarin, avec les personnes présentes à notre évènement primeur à la maison, etc…

Avec toutes ces heures de tournage, Isabelle Saporta  aurait pu faire un beau film de promotion, positif pour Valandraud. Hélas, ce n’était pas un publi - reportage,  je n’étais pas le donneur d’ordre. Je n’ai pas pu, ni voulu,  demander de droit de regard, de rétractation malgré les sujets difficiles que j’avais accepté, dans l’ordre : les traitements, les assemblages primeurs, la vendange difficile du millésime 2013 et le prix des terres.

J’aurais bien aimé parler des papillons et des libellules, des bons vins bios ou conventionnels, des vins chers et moins chers, des viticulteurs des appellations moins bling bling, de mes amis en train de ne pas savoir comment faire leurs fins de mois. J’aurais bien aimé pouvoir être enregistré  en train de défendre,  comme s’ils en avaient besoin, les Moueix, Hubert de Boüard, l’INAO et le classement de Saint Emilion.


Ce film a été fait par et pour exprimer les convictions d’Isabelle Saporta, ce n’est pas plus compliqué que cela, et ça s’appelle un film engagé.


Alors, bien sûr, en regardant le film, pour ce qui me concerne très directement- les images faites sur nous- ce fût dur de voir ma tête désespérée, fatiguée, usée,  à la fin de ces vendanges ;  dur de ne pas entendre ce petit texte que je répète inlassablement à propos des pesticides : « la molécule dangereuse dans le vin,  c’est l’alcool, point barre ! »

Le risque de l’utilisation des pesticides, des produits chimiques, il est pour ceux qui travaillent dans les vignes et dans les chais, au même titre d’ailleurs que d’autres professions qui ont des  conditions de travail  particulières, toutes précautions étant prises pour éviter les accidents.


J’aurais aimé voir filmer un repas avec mes amis chez moi, le plaisir partagé de boire de bons vins, les nôtres et ceux de nos collègues, à manger des produits frais et bons, cuisinés par Murielle.

J’aurais aimé un montage du film plus favorable à mes amis, à Bordeaux, à tous les Bordeaux.

Mais je n’étais pas le commanditaire de ce film, ni le réalisateur,  alors voilà.… ce film existe, je ne suis pas d’accord avec tout,  mais il y a quand même des points sur lesquels  je suis  d’accord.

J’aurais aimé donner mon avis sur le pigeage, que nous avons remis à la mode à Bordeaux ; donner mon avis sur la Chine, sur le classement que je trouve bon à 90 %, y compris pour Pavie et Angélus.


Il faudrait un autre film, trouver d’autres sensibilités pour  faire un film plus romantique, plus positif. Je crois que le Conseil de Promotion du Tourisme, en plein chantier, devrait y travailler !

Je pourrais, nous pourrions, demander à Isabelle  Saporta de faire un film complémentaire avec tous les rushes en sa possession, comme l’a fait Nossiter avec la version DVD (que j’ai acheté ) de Mondovino  et ses 10 épisodes de 55  minutes.

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Published by Jean Luc Thunevin - dans C'est dans l'air...
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commentaires

mauss 03/10/2014 15:14


Le vin étant un produit annuel, il est évident que les classements n'ont pas en priorité la qualité intrinsèque comme critère essentiel. Cela sert avant tout, comme bien dit dans le film, à
valoriser une terre par rapport à une autre, avec tous les aléas des erreurs humaines. En fait, tout le monde le sait : le seul classement valable reste celui des prix, quand bien même là aussi
il y a des facteurs hétérogènes entrant inutilement en jeu. mais c'est ainsi. Nature humaine.


Quant à cette dame, et à lire le commentaire de notre hôte et ce que m'a dit Stéphane Derenoncourt, il y avait largement une toute autre matière enregistrée qui aurait pu donner à ce film une
toute autre allure et orientation.


Manifestement cette dame est terriblement française dans sa dualité si commune : les riches sont des méchants, les pauvres des gentils. J'exagère, certes, mais pas tant que cela.


Enfin, le ton qu'elle a employé à la fin de la diffusion, dans ce qui aurait pu être un bel échange avec un Dupont qui est loin de ne pas connaître les choses (euphémisme), ce ton vindicatif a
détruit comme dieu pas permis les bonnes choses qu'on aurait pu lui accorder : pesticides et cie. Vraiment dommage ce manque total de professionalisme.

Michel Audiard 02/10/2014 17:39


C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule.

Rabiller 02/10/2014 16:52


A mon avis, ce qu'il faut retenir de ce documentaire c'est qu'il confirme ce que je pense sincèrement : ce petit monde du vin a besoin de belles personnes. J'estime qu'il vous montre tel que vous
êtes, sincère, angoissé, sur la brêche, honnête, passionné, humaniste.


Ce documentaire, s'il peut s'avérer cruel pour certaines personnalités qui méritent meilleur traitement, a le mérite de soulever des questions qui s'imposent, ou finiront pour s'imposer à tous,
producteurs comme amateurs. Quand à la problématique des classements... franchement, j'ai beau être né à Saint-Emilion, le seul palmarès qui s'impose à moi c'est celui de mon palais qui n'a que
deux catégories : plaisir - pas plaisir.