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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 16:00

J’ai de temps en temps l’occasion de fréquenter des « nécrovinophiles », mot inventé par moi pour définir cet amour particulier et bizarre qu’ont certains amateurs  pour des vins à l’apogée dépassée et qui, morts depuis quelques temps, n’ont de vivant que le cercueil de la bouteille en verre,  et le bouchon en liège, à bout de souffle,  qui n’en peut plus d’attendre sa mise à mort !

Autant je peux comprendre l’intérêt historique, culturel – autant j’ai du mal à croire que l’on puisse avoir du plaisir à boire ou même à goûter à ces cadavres.

En effet, combien de bouteilles de vin gardées trop longtemps  finissent - mal - dans l’évier ? Car même le vinaigrier n’y trouve pas son compte.

Combien de ces vieux vins  gardés dont l’unique intérêt est d’être là pour remplir une « jolie cave » ou pour frimer ?

Ne sont pas Cheval Blanc 47 ou Mouton 45 qui veut parmi tous les 47 ou 45, et s’il y a des exceptions à tout règle, j’ai bien peur que ces amateurs de vins trop vieux n’aient oublié que l’exception c’est justement d’être exceptionnel !

Vous me direz, et c’est la seule excuse, tant qu’on a pas goûté, tant qu’on a pas ouvert, on ne sait pas ! Il y a parfois des miracles : je me rappelle, c’est vrai, cette bouteille de Lescours 1937 bue à plus de 50 ans d’âge, qui était extraordinaire.

Sans doute les liquoreux tiennent-ils mieux la route du temps. Et je ne conteste pas  qu’il y ait de grandes surprises, ce qui m’inquiète, c’est seulement ceux qui n’éprouvent  du plaisir qu’à boire ces vins trop vieux et qui, même quand ces derniers sont sérieusement morts, leur trouvent de l’intérêt. Tous les goûts sont la nature… comme les coups et les douleurs pour les masochistes !

Pour faire simple le vin a une naissance, une apogée et une mort, c’est ainsi et c’est pour ça qu’il nous parle tant : similitude avec notre vie humaine, sans doute.

 

J’admets facilement que l’on offre une bouteille de l’année de naissance, bouteille anniversaire, cadeaux pour signifier que l’on aime cette personne. J’ai moi aussi dans ma cave quelques bouteilles de 1955 pour Murielle, quelques bouteilles de 1951  pour moi et d’autres vieux millésimes que je préfère d’ailleurs souvent offrir qu’ouvrir. J’ai moi aussi eu des chocs à boire des bouteilles improbables, le seul aspect que je critique, je le répète, c’est ceux qui trouvent toutes  les qualités à ces vins qui sont de toute évidence finis, morts !

 

Bien entendu, ceux qui font commerce de ces antiquités ne sont pas à blâmer s’ils font bien leur travail. Après tout, ils ne sont que des commerçants qui répondent  à une clientèle en offrant ces vins aux apogées largement dépassées à une clientèle bien présente. Leur rareté et les prix atteints permettent de bien vivre de ces cadavres.

Il faut de tout pour faire un monde : des maternités et des cimetières.

 

Je dois avouer  que cet article était déjà écrit depuis quelque temps. J’ai évoqué ce sujet avec des amis, certains proches de cette addiction, mais c’est seulement à  la suite de la parution d’un article dans le dernier ou avant dernier numéro de la RVF, consacré à un collectionneur célèbre qui me cite avec fiel, que j’ai eu envie de poster ce billet sur mon blog aujourd’hui

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Published by Jean Luc Thunevin - dans C'est dans l'air...
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commentaires

Arrakis 09/08/2010 09:15



Ah ! M. Thunevin vs M. Audouze, c'est un peu le choc des titans. Il faudrait en faire un livre: Le progrès contre le conservatisme...Mais oui tout simplement chacun ses goûts, j'avoue
aussi une tendance nécrooenophile (n'est-ce pas plus juste que oenovinophile?) sur les vieux Bordeaux souvent passé. Mais il m'est arrivé d'ouvrir des 1970 encore jeunes. Du coup, je les trouvais
suspects. La chose est que les vins de M. Thunevin ne sont pas fait pour le vieillissement. Dès lors, on a dû mal à comprendre le plaisir de vins non pas morts, mais différents.



François Audouze 17/07/2010 19:12



Jean-Luc,


Je t'attends pour une séance d'exorcisme. En fait, ça commence par de l'hypnose, puis de l'imposition des mains (en tout bien tout honneur), et après avoir récité plusieurs versets d'un poème
hindou, tu trouveras bons tous mes vins.


Je t'avoue que ce sera plus le plaisir de te voir que de te convaincre, car l'expérience démontre que c'est comme en politique : on ne change pas de camp si facilement.


Amitiés,


Il y a des cas où un vin ancien est meilleur que sa version jeune (Mouton 1945, Latour 1947). Il y a des cas où la version jeune est meilleure que la version ancienne (Pétrus 1990, les grands
blancs de chez Leflaive par exemple). Et personnellement, j'ai autant de plaisir avec un vin jeune (une Mouline 1990 par exemple ou un Corton Charlemagne Coche Dury 1996) qu'avec un vin vieux.
J'aime les deux versions d'un vin ou plutôt j'aime explorer les mille versions d'un vin, dans son histoire.


Donc quand je dis qu'un vin ancien est bon, c'est parce que je l'ai aimé. Pas par nécrophilie.


Pour utiliser pour une fois une formule à bon escient : "on s'téléphone et on s'fait une bouffe" avec de vieux pinards exorcisés.



mauss 17/07/2010 18:06



Va faire chaud cet été !! Pour que notre Hôte JLT se mette à lire son blog le WE et, nouveauté suprême, à y mettre son grain  de sel en dépit des 35 heures que normalement il respecte
scrupuleusement (:-) !


Les temps changent !



thunevin jean luc 17/07/2010 16:06



chers francois mauss et audouze,j aime moi aussi les grands vins ,meme s ils sont vieux!,simplement,je ne crois pas que le fait d etre vieux leur accordent a tous les coups  de devenir
meilleurs. il est vrai que je dois participer a une seance d exorcisme avec francois audouze   je serais me semble t il un sujet difficile,j ai eu comme mentor jacques luxey qui etait
né en 1928 et qui se portait bien mieux que les bouteiles  de 1928 qu on lui ouvrait dansles annees 80!.



mauss 17/07/2010 14:42



Bon, comm d'hab, la vérité est entre les deux avec cette nouvelle richesse de deux mots qui vont entrer dans le dictionnaire… des amateurs !


Comme Mr Audouze, j'ai eu l'occasion, chez Bouchard, à 5 reprises, de déguster des vins du XIXème siècle. Ce furent des bouteilles de pure émotion, mais surtout des vins qui avaient encore
quelque chose à dire. Comme d'ailleurs ceux que nous avons dégustés à Tampa au Bern's Steak House. Lafite 1890, 1896 et Gruaud 1888.


Il n'empêche : ce sont véritablement des exceptions, même chez Bouchard, où, pour en avoir une d'exceptionnelle, on a souvent dû en ouvrir - et jeter - quelques flacons qui ne tenaient simplement
pas la distance.


Maintenant, si dans un vin le manque de puissance et une certaine rondeur ne sont pas des causes définitives de renvoi, je comprends que les amateurs d'histoire, de finesse, de rose fanée soient,
comme Mr Audouze, des ardents défenseurs des vieux vins.


Qu'il me soit permis une anecdote légèrement grivoise d'un ami producteur italien.


"Vous entrez dans une grande chambre où une magnifique jeune fille nue est prête à vous accueillir sans façon (elle est majeure, hein !). Repartez vous en disant, avant de refermer doucement la
porte : "je reviendrai dans 10 ou 20 ans ?".


Mais on le sait : François Audouze sera sanctifié par le prochain Pape, no doubt :-) Chez lui, Bacchus a toujours précédé Aphrodite :-)


Pour notre hôte ici, JLT, l'ordre de préséance est exactement l'inverse , n'est-il pas ?