Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Jean Luc Thunevin

  • : Jean-Luc Thunevin
  • : Bienvenue sur le Blog de Jean-Luc Thunevin, propriétaire de Château Valandraud.
  • Contact

  • Blog de Jean Luc Thunevin

Recherche

Articles Récents

27 septembre 2005 2 27 /09 /septembre /2005 23:00

Hier mardi, 2ème  jour de vendange des merlots à Haut Mazeris, superbe lieu et superbe terroir, et ce matin, on va se hâter de ramasser les Cabernet Franc de Saint Emilion et Saint Sulpice ainsi que les Merlot de Fongaban, tout ça non stop car la maturité me semble parfaite.

Déjà, on s’excite et chacun commence à faire ses pronostics : « c’est mieux qu’en 1982 », « ça me rappelle 45 » etc, etc… De notre côté, on va pouvoir commencer à goûter les 1ères cuves qui ont terminé leur fermentation alcoolique ; et ce qu’il y a de certain c’est que c’est plutôt joli à regarder tous ces jus noirs lors des pigeages ou des remontages.  Et le meilleur reste à venir car on a pas commencé à rentrer les meilleurs lots de Saint Etienne de Lisse !

 

 

Un peu de technique (le peu que je comprenne) concernant ces vendanges :

Tout d’abord je recherche avant tout à calmer mes vignes et depuis une dizaine d’années, il s’agit pour nous de donner juste assez à manger aux vignes pour qu’elles soient vert pâle au regard, et surtout pas vert foncé, qui est pour moi signe de trop bonne santé. Donc, de temps en temps, un peu de fumier et sinon il est plutôt question de la gestion de l’herbe et du labour.

On laboure jusqu’à fin juillet et après basta ! L’herbe arrive pour concurrencer cette vigne lors des pluies. Ce qui fait que notre azote assimilable est souvent assez basse. Malgré ça, dans la plaine les pH sont toujours plus élevés hélas ; en conséquence, nous sommes obligés d’être très propres dans le chai.

Nos soufres sont plutôt hauts, à contre courant de la mode « écolo » actuelle, heureusement la richesse en tannins et en alcool aide à ne pas trop avoir de problème (comme j’ai pu en avoir par le passé à cause de la gourmandise de ces foutus brett !)

Bref, rien de sorcier, mais il ne faut pas se louper pour faire des vins « nets » cette année. A Bel Air l’année dernière, des pH à 3.30/3.50 nous ont fait passer à côté d’une bonne note chez Parker, donc en conclusion, je suis un vrai paysan : ça ne va jamais bien…

Partager cet article

Repost0

commentaires

Patrick 28/09/2005 19:18

Mais l'analyse dont tu disposes est parfaite pour Parker car elle ressemble d'assez près à ce que les grenaches donnent à Chateauneuf du Pape dans les bonnes années -)))

La différence il me semble - pour un Bordeauphile comme moi avec sa sensibilité - se situe au niveau de la "variétalité" du cépage.J'ai toujours peur qu'un merlot très mûr laisse en route sa signature originelle en sublimant son profil interne tout en dégradant la marque de sa sève nourricière.

J'ai dégusté Troplong Mondot 2003 au château et je sais qu'il est issu d'une vendange à l'équilibre proche.Sans le trouver commun ou même ininteressant, je lui ai attribué des airs de "merlot des îles" qui ne font pas honneur à sa croupe légendaire.

Dans un autre ordre d'idée j'ai rentré les Santenots à plus de 13°4 avec un ph de 3.45 et une acidité totale de 4.00 sur un taux d'azote assimilable de 123. Pour un Bourguignon je suis assez proche dans l'esprit de tes merlots "émiliens" et la question de l'équilibre recherché surgit encore.

J'aime les vins séveux, droits, minéraux à la texture de taffetas et à la poigne mesurée mais ferme. Je sais que si le taux d'azote est bas je durcit ma trame et imprime une marque "sèche" et "austère" à l'ensemble, je sais aussi que pour préserver le naturel du terroir de la vigne il me faut un fruit mur très légèrement croquant qui intègre l'acidité "autour" du taux potentiel d'alcool, donc des baies saines non figuées, et je sais que pour avoir une séduction aromatique immédiate il est impensable d'avoir la moindre verdeur de sous maturité ou de trituration...donc des grains mûrs ,préservés, sains,intacts. Nous naviguons entre verdeur et flettrissure.

Alors ce que je ressens quand je déguste les cuves au jour le jour est assez proche du stress d'un "examen" journalier car on a l'image finie en tête et des démos différentes et évolutives à chaque intervention...

Il faudrait être sorcier pour atteindre ce point d'achoppement, ce point d'harmonie, aisément, mais tu as bien raison au fond le bon sens commande de garder son calme et de ne pas trop interpréter la partition vinif car les dés sont jetés et il va falloir commencer à apprendre au cru à vivre sans nous.

Bonnes fins de vendanges,

Patrick