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30 juin 2006 5 30 /06 /juin /2006 13:39

Sur le site d’Hervé Bizeul, j’ai lu les propos un peu amers d’un nouveau viticulteur qui, malgré la réussite de son vin en  2005, a du mal à le vendre à 5.50 euro  si j’ai bien compris.

5.50 euro, c’est 36 francs HT, c’est le prix de vente d’un Saint Emilion Grand Cru dont le prix à l’hectare se situe encore aujourd’hui à 500 000 euros.

5.50 euro, c’est le prix de Villa Mongiron + 30 %

5.50 euro, cela fait environ 11 euro TTC en magasin, au bout de la chaine.

Le prix n’est qu’une des composantes d’un produit , la qualité n’est que le strict nécessaire, le prix qui doit être justifié par un travail commercial, une notoriété, le temps passé à vendre au négoce est plus rapide que celui qui recherche la vente directe aux particuliers, mais dans ce cas, qui paye le temps consacré ? Par qui est fait la vente  si le propriétaire est dans ses vignes ?

La viticulture n’est pas facile, sinon ça se saurait. Les riches fortunes  qui veulent acheter un premier cru, un grand château, ne sont pas obligatoirement imbéciles : la marque établie offre vraiment une survaleur à un vignoble. C’est pas nouveau, à l’époque de Rome, des crus étaient déjà célèbres. Jacques Luxey, que je cite souvent car il a été mon « mentor », me disait il y a déjà plus de  20 ans : « Jean Luc, on en vend pas un produit, on vend une différence » et il utilisait souvent cette expression : "savoir faire – faire savoir". Il ne faut jamais être amer, c’est dur et alors ?  qui va te plaindre, toi qui fait le travail que tu as choisi, qui fait le vin que tu aimes. Certains en bavent toute une vie sans avoir jamais vécu ta première dégustation de ton premier vin.

 

 

 

Fin de la campagne primeurs 2005.

Nous en sommes aux rachats et reventes, donc juste sur les crus ayant aujourd’hui un prix de revente supérieur au prix de revente  1ère tranche « conseillé » par la propriété.

En fait, très peu de vins concernés, peut-être moins de 30 marques, je pense. Ce qui est peu si l’on pense que cette année plus de  500 marques ont été vendues en primeur.

Robert Parker dit que les prix sont fous, ridicules et nos clients disent la même chose, pourtant les vins les plus faciles à vendre cette année pour moi auront été les plus chers. Et c’est dommage que je n’ai plus à vendre d’Ausone, Cheval Blanc, Mouton Rothschild, Angelus, Troplong Mondot, Gracia, Croix de Labrie, Conseillante, Ducru Beaucaillou…

Suite à un effet induit, on pourrait appeler ça les bénéfices collatéraux, les 2004 et tous les stocks disponibles ont l’air pas chers et trouvent preneur. Rien qu’hier nous avons vendu quasiment tous nos stocks de crus connus chers.

Dire que 2006 s’annonce ce qualité et que déjà à Bordeaux nous sommes inquiets (et c’est rien de le dire …)

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Published by Thunevin - dans Divers
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commentaires

Traonouëz 30/06/2006 17:57

Pour autant comment ne pas comprendre ce viticulteur qui essaye de s'en sortir par la qualité et ne voit pas le marché adhérer au rapport qualité-prix proposé. Pour beaucoup de domaines en Bordeaux et Bordeaux Sup, les qualités super premium ultra premium et icone sont inacessibles, parce que : - Leur trésorerie ne leur permet pas de réaliser toutes les façons nécessaires  (taille courte, ébourgeonnage, épamprage tête et pied, relevage en trois fois, échardage, double effeuillage, traitements anti-botritis...) ou ne leur permet pas de porter les stocks jusqu\\\'à ce que la reconnaissance survienne - la place de Bordeaux n\\\'est pas prête à acheter des Bordeaux et Bordeaux Sup à plus de 2 € H.T. à l\\\'exception de quelques vins irreprochables et déjà installé sur le marché (Villa Mongiron, Château Tire-Pé, Reignac, Thieuley, Sainte-Marie, Machorre...)Or, sans qualité super premium au minimum à mon sens point de salut. En effet, à l\\\'heure de la mondialisation, il n\\\'est plus possible de produire des vins d\\\'entrée de gamme (popular premium) car nous ne pourrons jamais nous aligner sur les coûts de production des pays viticoles émergents. Dans d\\\'autres industries, il faudrait délocaliser. En tout cas, on n\\\'envisagerait plus de produire des chaussures à 20 euros en Europe, en revanche en produisant des Weston ou Berluti l\\\'emploi peut être maintenu. Il en est de même pour le vin. Donc faute de pouvoir délocaliser la production de Bordeaux, il faut occuper une niche véhiculant du rêve, une image luxe, bref une différence...Mais tout le monde n\\\'en est pas ou plus capable.Les tensions sont plus que jamais palpable. Evidemment le parallèle est facile avec les raisins de la colère. J'étais mardi soir à une réunion de viticulteur pour un debrieffing portant sur les journées portes ouvertes organisées récemment. Imaginez les remous lorsqu'une personne a reçu une proposition d'un négociant local proposant l'achat de la vendange 2006 à 485 euros le tonneau (soit près de 40 centimes pour 75 cl). Avec des rendements à 50 HL/HA, dans un tel scénario, un viticulteur exploitant 12 hectares ne réaliserait un chiffre d\\\'affaires de 32 K€ pour l\\\'année.

Patrick Grisard 30/06/2006 17:51

Cher Monsieur Thunevin. Si vous croisez vos amis Thierry Rustmann (dont je suis le régisseur à Sénéjac) ou Jean Dutruilh, ils vous confirmeront que mon vin est tout de même réussi. Mes propos n'ont jamais eu l'intention d'être amers mais réalistes. Une création à Bordeaux sans un appui majeur auprés des négociants est difficile à faire connaître sur la place. Mon 2005 a plu mais sans note Parker difficile pour les professionnels de le vendre; Pourtant plus d'un ont débuté mais à une autre époque surement moins difficile où la confiance et la sérénité existaient encore. Aujourd'hui on achète si on est sur de vendre, dommage pour moi et surement bien d'autre qui devraient avoir une petite place surtout quand on est passionné comme je le suis et que l'on se donne les moyens de produire toujours le meilleur même sans le meilleur des climats comme en 2005. Vous n'imaginez pas à quel point vous comme bien d'autre servent de lideurs à des gens comme moi, bon viticulteur je pense mais débutant dans le commerce.Votre attitude comme celle de bien d'autre nous, me permet de croire encore à l'avenir de ce si beau métier.
Merci pour tout
PG