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Jean Luc Thunevin

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  • : Bienvenue sur le Blog de Jean-Luc Thunevin, propriétaire de Château Valandraud.
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20 avril 2006 4 20 /04 /avril /2006 14:18

La plus importante partie de mon temps est consacrée au négoce de vin. C’est un métier peu connu, pratiqué à Bordeaux avec une grosse partie de l’activité basée sur des vins dits « de place », ceux qui font la réputation de Bordeaux.

Si on ne connaît pas bien ce métier, c’est que la plupart des négociants de Bordeaux sont bien élevés, polis, discrets et que la plupart des règles qui régissent leur métier sont non-écrites et pour tout dire, quasiment incompréhensibles.

 

 

 

1er exemple : vous voulez acheter pour le distribuer, un cru qui a pourtant du mal à se vendre, si vous n’êtes pas dans le profil du vendeur, si vous n’êtes pas copain, niet. Cela m’est arrivé avec  un cru qui, bien que connu surtout pour la liberté de langage de son propriétaire, n’a pas eu l’idée de me téléphoner ou de venir me voir pour m’expliquer pourquoi il ne voulait pas me vendre son vin ( en fait, c’était suite à une émission  de télé). Le fait de ne plus distribuer ce vin ne m’a pas trop handicapé, et si ça se trouve , le futur propriétaire sera heureux de me proposer à nouveau son vin.

 

 

 

2ème exemple, plus douloureux pour mon amour-propre . Un grand propriétaire du Médoc qui était venu me voir accompagné d’un grand courtier pour comprendre la dynamique de la Rive Droite et avec qui je croyais avoir tissé des relations de confiance et amicales, désire cette année (très demandée) changer la distribution de son vin en passant de 120 ( ?) négociants à 60 ! Et je ne l’apprend pas par mon ami, mais parce que je n’ai pas été convié à un repas organisé pour ceux qui auront le plaisir et l’avantage de rester dans la distribution de ce vin.

Je vous explique ça en chiffres : pour le millésime 2004, 720 bouteilles à 6.50 euro de marge brute, il me reste à vendre 162 bouteilles (la demande n’était pas trop forte pour le 2004). Cette année, je vais devoir dire à mes 15 clients acheteurs du 2004 d’aller se faire voir ailleurs, même si ils m’achètent ce vin depuis 1999, date de première relation avec ce château .

Donc, cette année, en plus de passer pour un con auprès de mes clients, je vais devoir aller chercher ce grand vin chez un de mes concurrents pour les clients qui ont acheté chez moi  un 2004 pourtant pas vendu d’avance, la preuve c’est qu’il en reste à Bordeaux au prix de revente conseillé (et ce n’est pas une critique puisque c’est la règle  dans les années peu ou pas spéculatives, y compris pour mon vin)

Et cette année, en plus, je vais perdre 10 000 euros de marge ! Et pourtant, le responsable de tout ça n’a pas daigné ne prévenir, me préparer, m’expliquer en quoi moi et mes clients avaient démérité ! Cela remet le petit négociant à sa place, et me rappelle que je ne suis pas encore un incontournable, moi qui pensait pourtant être un peu utile à une marque à cause de ma « grande gueule ».

Bon, cela pour dire que lorsqu’en tant que négociant, je n’ai pas pu acheter  les vins que m’offrait la propriété, c’était souvent parce que je n’avais pas les moyens financiers ou humains pour les vendre et que ce n’est pas par plaisir qu’un négociant n’achète pas un vin. L’inverse est hélas plus triste pour nous car il s’agit évidemment le plus souvent de marques fortes qui jouent à redistribuer les cartes. Le seul vrai reproche que je pourrai faire, c’est pourquoi ne pas faire ça dans un millésime difficile à vendre ? En 2004, ça aurait été moins sensible !

 

 

 

La bonne nouvelle, c’est que d’autres propriétaires vont pouvoir utiliser mon ressentiment à leur profit, et d’ailleurs ça tombe bien, aujourd’hui l’un de mes grands vins préférés est dans le Médoc ce cru qui m’a si bien reçu dernièrement.

 

 

 

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commentaires

JÌrgen 25/04/2006 10:05

En effet le site de Jean Merlaut n’a vraiment rien de novateur mais il a été cité dans la RVF comme une très bonne référence pour faire des achats on-line, pour moi ça montre le retard de la France dans le domaine. Je comprends parfaitement que vous ne voulez pas concurrencer vos clients en vendant vos vins sur Internet à la même clientèle … ce que je vous propose est un concept très différent de ce que se fait actuellement sur le marché. La possibilité d’offrir à vos clients un service avant et après vente exceptionnel et proposer en même temps des informations de vente/logistique en temps réel à vos fournisseurs… un système comme ça n’existe actuellement pas dans le négoce bordelais. Je vous propose un outil simple mais sophistiqué pour réaliser toutes vos idées commerciales d’une façon innovante… donnez-moi l’occasion de vous exposer le concept. Comme vous, je suis un optimiste irrémédiable et passionné…:-)

Jean Luc Thunevin 24/04/2006 14:48

J’ai regardé le site de Jean Merlaut, et en plus, ça tombe bien, j’apprécie cette famille, mais je ne comprends pas ce que vous trouvez de novateur sur leur site.
Sinon, pour ce qui est des sites de vente par internet, beaucoup de mes collègues sont déjà bien pourvus et les négociants anglais sont à mon avis actuellement les meilleurs pour la rapidité, le prix, les informations et la langue.
De mon côté, pour l’instant, je ne vends pas via ce système car ce serait faire de la concurrence à mes clients qui sont à 80 % des importateurs-distributeurs avec ce genre de site. N’oubliez jamais que je parle dans mon blog autant de mon activité de négoce que de Valandraud et que je suis un éternel anxieux, insatisfait mais,  c’est quand même un comble, irrémédiablement optimiste.

JÌrgen 21/04/2006 14:23

Je lis votre blog avec beaucoup d’attention. J’ai remarqué que vous critiquez souvent le manque de capacité d’une commercialisation efficace à Bordeaux. J’ai pu comprendre que le marché bordelais est en crise et plein de particularités et les 2 exemples que vous donnez sont vraiment très étonnants.
Pourquoi vous n’essayer pas de séduire vos fournisseurs plutôt avec un service exceptionnel et un nouveau concept comme par exemple leur donner la possibilité de voir en temps réel et 24/24 la distribution géographique de leurs vins et par type de client, les informations de stock etc. Certes, ça change des repas d’affaires traditionnels, mais ça sera à long terme probablement très efficace. Le tout combiné avec un accès on-line pour vos différents types de clients (national et international) de la même manière… les prix de tous vos vins, vos commentaires personnels et les notes de la critique internationale, l’historique de leurs commandes, des promotions sur mesure on-line… quand je pense qu’un site minimaliste comme www.jean-merlaut.com est déjà exceptionnel pour Bordeaux… de toute façon votre argument de vente pourrait s’appuyer sur la qualité d’un produit haut de gamme et un service exceptionnel pour une clientèle international haut de gamme… vous ne serriez peut-être toujours pas »incontournable », mais ça ferra quand même un peu de bruit autour de vous - ce qui n’est pas mal pour quelqu’un qui n’est pas né à St Emilion, ni héritier, ni joueur de golf, ni mondain… qu’en pensez-vous ?

Rafaël 21/04/2006 13:47

Merci pour les précisions au commentaires no 4 ! -Sujet inclus-

Jean Luc Thunevin 21/04/2006 10:47

Eric, je ne me plains pas ! Le blog est un outil de communication, et en tant que tel, il sert à communiquer ! C’est une lapalissade !
J’essaie sans être trop méchant, ni trop angélique, de dire mes impressions, ma petite histoire. A aucun moment je ne me plains, ou alors je ne m’exprime pas bien (je n’ai pas fait d’études supérieures). Il ne manquerai plus que ça, ce lieu je l’ai choisi, ce métier aussi, je ne trouve pas le « milieu bordelais » exécrable car j’en fais partie et je ne suis pas maso. Les négociants ne sont qu’un microcosme, celui des courtiers un autre, les viticulteurs ont le leur et chaque profession a ses règles, je ne fais qu’en parler un peu, sans citer de nom, cela devrait être un peu compréhensible par ceux qui sont concernés.
(businessman ?? ce mot est-il exact ? J’ai déjà eu pas mal de surnoms )
 
 

Laurent, je suis sûr d’avoir de la chance et d’être tombé à Bordeaux, même si cela paraît plus dur, au final, comme il y a beaucoup de monde, il y a comme dans la vraie vie autant de gens formidables que d’égoïstes, et je suis certain que c’est plus dur ailleurs. Pas vous ?
 
 

Patrick, oui ! comment as-tu deviné ? ;-))